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lundi 5 mars 2012

LES LIVRES SACRÉS SOUS PRESSE



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Les trois religions révélées ont chacune leur livre sacré. De tous les autres livres, ils furent parmi les premiers à être imprimés.

« C’est avec raison que les livres de l’Evangile sont décorés d’or, d’argent, de pierres précieuses ; car en eux reluit l’or de la Sagesse céleste, en brillent l’argent d’une éloquence fondée sur la foi ; en eux éclatent les pierres précieuses des miracles, de ces prodiges opérés par les mains du Christ, par ces mains qui, selon la parole du divin Cantique d’or, faites au tour et pleines d’hyacinthes », écrivait, au XIIe siècle dans le De diviniis officiis, le frère Ruppert, père abbé bénédictin de Deutz, près de Cologne. Les musulmans, de leur côté ont mis toute leur foi et tout leur art afin d’enluminer les sourates du Coran, retranscrites avec les calligraphies les plus recherchées. Quant à la Torah des juifs ou le livre de la Loi, qui comprend le Pentateuque les Prophètes et les Hagiographes, elle fut toujours copiée avec le plus grand soin. De quelque côté que nous nous tournons, les livres saints ont toujours bénéficié des plus belles apparences. Il est, par ailleurs significatif que le premier livre qui ait été imprimé soit la Bible.
Cette Bible imprimée, en latin, en caractères gothiques, sur deux colonnes de 42 lignes, comprenant 637 feuillets, suscita quelque méfiance. Certains de ses acquéreurs pensèrent, à l’époque, qu’ils avaient acheté un manuscrit pour seulement 60 écus ; les autres ayant reconnu que le travail de la main était absent crièrent à la sorcellerie. « Ils imaginèrent que le diable avait inventé ce nouveau moyen pour falsifier les écritures, raconte Jules Janin. Ils dénoncèrent Gutenberg et son associé Jean Fust, à l’indignation des magistrats ». Il a été tiré de ce premier livre près de deux cents exemplaires, tous sur vélin, peu avant 1455. Quarante-huit seraient parvenus jusqu’à nous, dont vingt-et-un complets. Trois sont conservés en France, deux à la bibliothèque Mazarine et un à la Bibliothèque nationale.

L’INQUISITION CONTRE LE CORAN

Le premier Coran aurait été imprimé en arabe, à Venise, en 1530, par les soins de Paganino et d’Alessandro Paganini ; mais cette édition aurait été entièrement détruite par l’Inquisition sur ordre du Pape, alors Clément VII, Jules de Médicis. On ne la connaissait, en fait, que par un passage de l’Introductio in chaldaicam linguam (Introduction à la langue chaldaïque, syriaque, arménienne, et dix autres langues) de Teseo Ambrogio publié à Pavie, par J.M. Simoneta, en 1539. Angela Nuovo en retrouva un, en 1987, dans le couvent de San Michèle in Isola. La première édition latine du Coran fut l’œuvre du Zurichois Théodore Bibliander et fut imprimée à Bâle en 1543 par Oporin. Elle se fondait sur la traduction de Robert de Rétines (mort en 1143), retrouvée en 1542 par Martin Luther dans un manuscrit médiéval de la bibliothèque de Wittenberg et qui l’avait confiée à Bibliander. Cette impression fut effectuée à l’insu des autorités et, lorsque l’ouvrage parut, les exemplaires en furent saisis et l’imprimeur arrêté. Finalement tout s’arrangea grâce à Luther, et le conseil municipal de Bâle donna son autorisation, à condition que ni le nom de la ville ni celui de l’imprimeur ne figurent sur la page de garde et que l’édition soit vendue à partir de Wïttenberg accompagnée d’une préface de Luther. La Bibliothèque nationale de France conserve un exemplaire d’une autre traduction latine du Coran, également en 1543, intitulée Codex authenticus doctrinae Mahumeticae… par Robert de Retines et Hermann le Dalmate, imprimée aussi à Bâle, par Johann Oporinus, d'après Göllner. Il s’agirait de l’une des trois éditions parues en 1543, dans laquelle ne figure, dans la première partie, que la préface de Mélanchthon, et non celle de Luther. Une autre édition de cette année-là, est celle de Nürenberg, dans la traduction de Johann Albrecht Widmanstetter. Une édition complète en arabe avec une traduction en latin, fut publiée par Ludovico Maracci à Padoue en 1698. Il convient de noter une édition en italien, à Venise en 1547. La première en Allemand date de 1616.
La première traduction en langue vernaculaire qui ne dépendait pas de la première édition latine, fut l’édition française de Du Ryer en 1647 à Paris chez Sommanville (in-4°). Cette traduction fut plusieurs fois rééditée jusqu’en 1775. Après elle, nous avons celle de l’orientaliste Claude-Étienne Savary (1750-1788), pionnier l’Egyptologie française. Son texte intitulé Le Coran traduit de l’arabe, accompagné de notes, et précédé d’un abrégé de la vie de Mahomet, tiré des écrivains orientalistes les plus estimés, parut pour la première fois à Paris, chez Knapen & Fils, en 1782 ; une seconde édition (Amsterdam, Leide, etc.) sortit quatre ans après. Il en est une autre annoncée comme étant imprimé à « La Mecque, en l’an de l’Hégire 1165 », soit 1787. Savary travailla sa traduction de 1776 à 1779, et dans sa préface critique assez vivement le texte de du Ruyer : « une rapsodie platte & ennuyeuse ».
Pendant ce temps, les musulmans refusaient toujours l’impression du Livre saint. C’est à l’instigation de Catherine II de Russie que le Coran fut édité à leur intention, à Saint-Pétersbourg, en 1787 (in-folio). Ce Coran, qui contient des annotations du mollah Osman Ismaïl, connut trois réimpressions à Saint-Pétersbourg jusqu’à 1796 pour paraître à Kazan à partir de 1803.

LE CODE DES LOIS JUIVES

Selon, les bibliographes, l'impression de livres hébreux commença sans doute à Rome vers 1470 et se répandit avant 1500 dans toute l'Italie, la péninsule ibérique, et jusqu'à Constantinople. Il ne resterait en tout de cette époque que quelque 175 ouvrages distincts imprimés en caractères hébreux. On peut citer, par exemple, le Mishné Torah imprimée, sans doute à Rome, en 1474 ou 1479 par Salomon b. Juda et Obadya. Cette édition princeps du plus important code médiéval de lois juives, rédigé par Maïmonide, est l'un des premiers livres imprimés en hébreu, bien que le lieu et la date de sa publication n'aient pas été établis avec certitude. Le colophon de la première partie de cet ouvrage se lit comme suit : « Béni soit le Dieu miséricordieux qui nous a aidés depuis le début ... Qu'Il nous accorde le privilège de commencer et de terminer dans la paix la deuxième partie de ce livre et les ouvrages qui suivront ». Un autre ouvrage tout aussi important est le Perush ha Torah de Nachmanide, imprimé à Lisbonne, en 1489 et conservé, aujourd’hui, à la Newberry, aux Etats-Unis. En 1566, Plantin, l’imprimeur d’Anvers, sortit sa première Bible hébraïque, Hamishah humshei Torah, en trois formats différents dont le plus petit est un in-16. Chez nous, en France, Estienne imprima lui aussi une Bible hébraïque en 1532, dont un exemplaire faisait partie de la collection jésuite des Fontaines, et déposée temporairement à la bibliothèque de la ville de Lyon. Estienne imprima aussi la Torah nevi'im u-ketuvim, en 1544 (17 parties en 5 vol.in-16).
LA VULGATE REFORMÉE
En France, la vulgate a dominé durant des siècles. Les vaudois, les cathares et les albigeois réalisèrent des traductions de tout ou partie de la Bible en provençal, en langue d'Oc, d'Oïl... En 1530, Lefevre d'Etaples fit imprimer à Anvers sa Bible en français (suite à un exil entraîné par des persécutions de l'Inquisition et des docteurs de la Sorbonne). Cette version sera publiée sous 36 éditions successives. L'imprimeur du Roi Henri II, Robert Estienne donne à la Bible sa division en versets. La Bible de Lefevre d'Etaples accessibles aux non-latinistes constitua une base certaine du mouvement de la Réforme. Les Réformés, avec Guillaume Farel, décidèrent une nouvelle traduction en français. Elle fut confiée au cousin de Jean Calvin, Pierre-Robert Olivetan. C'est par lui que Calvin s'initia à la lecture des Evangiles. L'Eglise de Rome s'opposant à cette publication, c'est en Suisse qu'elle fut imprimée. La Bible Olivetan fit l'objet de plusieurs révisions : Calvin en 1560, Théodore de Bèze en 1588, David Martin en 1707 et Osterwald en 1744.
LE LIVRE DES SOUVERAINS
La bibliographie de la Bible est sans doute la plus importante de toutes les bibliographies. A titre d’exemple, la Librairie du Congrès conserve près de 10 000 Bibles différentes, la Britsih Library indique 96293 références, la base de donnée globale du site www.rarebooks.info comporte 12360 réponses. Quant à la Bibliographie des bibliographies établie par Léon Vallée, en 1883, elle donne, seulement, 51 bibliographies. Nous sommes naturellement loin du compte. Suivons alors, les souverains comme Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Ils firent imprimer quantités de Bibles au cours de leur règne. Napoléon disposait de deux Bibles en huit volumes, la traduction de Corbin réalisée en 1643, et celle de Lemaître de Sacy. Cette traduction (Paris, 1682-1700, 32 vol.in-8°) est la plus connue car elle a été de nombreuses fois rééditées . Elle est considérée plus élégante qu’exacte. A la mort de Lemaistre de Sacy en 1684, son héritier vendit au libraire parisien Guillaume Desprez, l’ensemble des manuscrits bibliques restés « parmi les effets Sacy ». Il multiplia les éditions dans toutes les présentations possibles de l’in-12 à l’in-folio ; étouffé par son stock, il dut, en 1776, le brader au tiers ou à la moitié du prix marqué. La dernière édition du XVIIIe siècle, imprimée par Defer de Maisonneuve (1789-1804, 12 vol.in-8°) est illustrée par 300 figures de Marilier et Monsiau. Après tout, comme le disait Goethe : « La beauté de la Bible grandit à mesure que nous grandissons dans sa compréhension. »


Sources : Légendes des siècles, parcours d’une collection mythique par Charles Méla, préface de Jean Starobinski, Fondation Martin Bodmer/Editions du Cercle d’Art, 2004.
L’Europe et le monde arabe, par Alastair Hamilton, Institut du monde arabe, 1993.

mardi 14 février 2012

DE L’ÉDUCATION DES FILLES



L’éducation des filles a été – est toujours – la grande préoccupation des moralistes. Sans revenir sur la Bible ou le Coran, nous pouvons nous arrêter au Livre pour l'enseignement de ses filles de Geoffroi de La Tour Landry (vers 1330- vers 1406) qui connut un succès certain jusqu’au XVe siècle. Ce manuel était destiné à « inculquer aux demoiselles nobles les principes de vertu, de bienséance et de piété à observer avant et après le mariage ». L’édition princeps de cet ouvrage dont on connaît une vingtaine de manuscrits, a été publiée en 1514 à Paris par Guillaume Eustace. Plus tard, l’Espagnol Jean Louis Vivès (1492-1540) un humaniste juif converti au catholicisme, devenu professeur à l’université de Louvain puis à Oxford, étudia l’organisation de la société et composa [en latin] De l'institution de la femme chrétienne (Anvers, 1524, in-4). Il fut traduit en français par P. de Changy, sous le titre : Livre très-bon, plaisant, salutaire, de l’institution de la femme chrestienne, aussi de l’office de mary (Paris, Jacques Kerver, 1543, in-8). Ce traité connut un succès considérable dans toute l’Europe et influença durablement l’éducation des femmes. Vivès recommandait finalement une vie simple reposant sur trois principes élémentaires : « se rendre agréable à son mari par ses charmes et sa conversation ; l'aider dans le gouvernement des affaires domestiques ; savoir élever chrétiennement ses enfants. » (1)
On cite encore, dans ce domaine le Traité de l'éducation des filles de Fénelon- François de Salignac de La Mothe (1651-1715) - composé en 1681 à la demande de la duchesse de Beauvilliers, et destiné à ses filles. Cet ouvrage valut à Fénelon d'être nommé précepteur des enfants de la famille royale. Un exemplaire de l’édition originale (Paris, Pierre Aubouin, Pierre Emery, Charles Clousier, 1687. In-12) relié à l’époque en plein veau orné a été adjugé 600 €, à Drouot, le 17 février 2010 par la svv Binoche Giquello assistée par Dominique Courvoisier. Entre temps un certain Jean-Baptiste de Glen (1552-1611) qui devait devenir provincial des pères augustin à Paris et semble-t-il aux Pays-Bas, s’intéressa lui aussi à l’éducation des jeunes filles avec un traité dont le titre, finalement n’est guère alléchant : Du debvoir des filles. Traicte brief, et fort utile, divise en deux parties : la premiere est, de la dignite de la femme, de ses bons deportemens, et debvoirs ; des bonnes parties & qualités requises aux filles, qui tendent au mariage. L’autre traicte de la virginité, de son excellence, des perfections necessaires à celles, qui en font profession, des moyens de la conserver ; & de plusieurs autres choses, qui se verront plus à plein au sommaire des chapitres... Item plusieurs patrons d'ouvrages, pour toutes sortes de lingerie… Nous avons vu un exemplaire d’une édition originale relié en cartonnage bradel moderne, (A Liege, Chez Jean de Glen, 1597, in-8) sur le stand des libraires d’ancien à la Brafa dans les rayonnages d’Eric Speeckaert de Bruxelles. Cet ouvrage publié par le frère de l’auteur mais imprimé par Henri Hovius, est orné de 20 planches (il en manquait une ) à pleine page dans le texte. Ces illustrations sont sur fond noir et représentent des modèles de broderies.
Divisé en deux parties, le traité prodigue des recommandations pour garder les filles dans le droit chemin, préconisant la chasteté et conseillant de les retenir au foyer en les occupant à des travaux domestiques, notamment la broderie. La virginité semble bien importante à ce religieux qui donne des conseils pour la défendre vaillamment : « La chasteté est une place assiégée et qui a des ennemies dedans et dehors : au dedans est la chair, vray cloasque de toute ordure, fournaise ardente de toute concuspicence, vray maquerelle, ingénieuse ouvrière de toutes souillures et turpitudes ; laquelle seule livre à la chasteté plus d'assauts et dresse une plus furieuse batterie que tous les autres ennemies ensemble ».
L’ouvrage est dédié à « madame Anne de Croy, marquise de Renty ». Sa maison est qualifiée d'« escolle de vertu » où « tant de filles font leur apprentissage en pudicité & honneur ». J.B de Glen devait reprendre ses idées en composant une somme qui fit sa renommée : l’Oeconomie chrestienne, « contenant les règles de bien vivre, tant pour les gens mariés qu’à marier, pour nourrir et élever les enfants, fils, filles, etc. » (Liège, 1608, petit-in-8). Le bibliographe Brunet estime que cet « ouvrage est singulier et d’un style des plus naïfs ».


(1) Les éditions de l’Harmattan ont réédité cet ouvrage dans la traduction de Changy, adapté, introduit et annoté par Bernard Jolibert, 250 p. 24 €.

mardi 20 décembre 2011

L’INSTITUT D’EGYPTE




l'Institut d'Égypte a été ravagé par un incendie, le samedi 17 décembre 2011, au Caire La majeure partie de son fonds constitué d’environ 200.000 ouvrages n'était pas numérisée. Le lundi suivant, près de la place Tah¬rir, les 22 employés ainsi que deux membres de l'Unesco et des volontaires continuaient de mettre sous sacs plastique des pages en partie calcinées et des volumes noircis.




La fameuse phrase : Soldats, du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent", figura pour la première fois dans une Histoire de Bonaparte, premier consul, par un anonyme (en fait O. Guerlac), publié en 1803. Bonaparte ne l’aurait jamais prononcée, mais l’aurait adoptée a posteriori. La campagne d'Egypte débuta en avril 1798 et s'acheva le 14 septembre 1801 après la capitulation du général Menou à Alexandrie.
Lorsque les troupes dites de « l’Armée d’Angleterre » s’embarquèrent à Toulon, le 19 mai 1798, elles ignoraient leur destination. Le secret avait été bien gardé. On imagine la stupéfaction des soldats lorsqu’ils apprirent qu’il s’agissait de l’Egypte ! « La surprise fut si grande qu’un petit nombre seulement s’avisa que Bonaparte qui les commandait avait signé la proclamation que l’on venait de lire aux troupes de son nom suivi de la mention : « membre de l’Institut national, général en chef ».
Bonaparte avait été, en effet, élu le 25 décembre 1797 à l’Institut, au fauteuil de Lazare Carnot, mais n’y siégea n’y ne revêtit jamais l’habit vert. Une aquarelle laisse croire le contraire. Celle-là fut composée par Edouard Detaille (1848-1912). Elle représente Bonaparte revêtu de la redingote brodée, culotte à la française noire, bas noirs, les bras croisés, adossé à un bureau. On distingue sur la gauche des travées et le visage de deux ou trois membres de l’Institut. Cette scène apocryphe est entrée en mars 1997, dans les collections de l’Institut de France, après un achat à l’hôtel des ventes de Drouot.
« Triomphalement élu à l’Institut, Bonaparte poursuit habilement sa cour, signant désormais lettres et proclamations de son nouveau titre, emmenant avec lui en Egypte, Berthollet et Monge, créant au Caire un Institut calqué sur le modèle de celui de Paris, et poussant l’admiration pour les idéologues en allant jusqu’à publier une seconde Décade, égyptienne celle-là... », raconte l’historien Jean Tulard. Cet Institut d’Egypte fut fondé le 22 août 1798, avec pour but « le progrès et la propagation des Lumières ». Emanation de la Commission des sciences et des arts, emmenée par Bonaparte lors de sa campagne, il comptait 36 membres, choisis parmi ses personnalités les plus éminentes. L’Institut comprenait quatre sections de douze membres : mathématiques, physiques, économie politique, littérature et arts. Il se réunit deux fois par décade jusqu'en 1801, dans le palais Hassam Kachef. On y a traité de questions pratiques comme la fabrique de la bière sans houblon, la clarification des eaux du Nil. Et aussi débattu, ce qui fut plus important pour l’histoire des sciences, de l'explication du phénomène des mirages par Gaspard Monge et l'étude de Claude Berthollet sur les lacs de natron - d'où est extraite la soude qu'exporte l'Égypte depuis l'Antiquité -, qui a conduit à remettre en cause la thèse, dominante à l'époque, des affinités électives et à avancer l'idée novatrice d'«équilibre chimique», fondamentale pour l'avènement de la chimie moderne. Ces travaux furent publiés dans La Décade égyptienne. Cette revue prit des allures de bulletin d’information. On lança même une montgolfière, par deux fois, depuis le centre du Caire. Les Egyptiens haussèrent les épaules devant ce ballon qui s’élevait dans les airs… et retombait aussitôt. Les Musulmans furent davantage choqués par l’habit des membres de l’Institut ; il était vert, la couleur réservée aux descendants de Mahomet. Le recueil des communications de l’Institut seront publiées, sous le titre Mémoires sur l’Egypte…(P. Didot l’aîné, an VIII-an XI (1800-1803), 4 vol. in-8°, 2 cartes dépliantes, 2 tableaux dépliants). Une édition anglaise (London, R. Phillips, 1800, in-8°) fut publiée en même temps.
Si la campagne d’Egypte, entreprise insensée, ne rapporta rien sur le plan militaire, elle provoqua, en revanche, une floraison de découvertes archéologiques et une avalanche de mémoires. Philippe de Meulenaere a recensé dans sa Bibliographie raisonnée des témoignages oculaires imprimés de l'expédition d'Egypte, trois cent soixante trois ouvrages composés par autant de militaires, de médecins, chirurgiens, scientifique, ingénieurs et voyageurs français, anglais, arabes (1). Le résultat du travail de tous ces savants se retrouve dans la monumentale Description de l’Egypte, ou « recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Egypte pendant l’expédition française ….». (Imprimerie Impériale, puis Imprimerie Royale, de 1802 à 1830).
Cette « Description » comprend 9 tomes en 10 volumes, petit in-folio de texte, orné de 36 planches, plus l’Atlas comprenant 11 tomes en 13 volumes, grand in-folio contenant 892 planches dont 72 sont coloriée. Plus de 80 artistes y ont apporté leur concours et, pour imprimer les planches, la plupart en noir, mais certaines en couleur, il a fallu employer plus de 400 graveurs ! A cause du format exceptionnellement grand des planches, Nicolas Conté a dû inventer une presse spéciale qui fut installée dès 1803 au Louvre, avant de gagner, en 1805, le tout neuf Institut de France.
L'ouvrage dont les maîtres d’œuvres furent Gaspard Monge (1746-1818) et Dominique-Vivant Denon (1747-1825), comporte trois parties : Antiquité, Etat moderne et Histoire naturelle. 5 volumes de planches sont consacrées à l'Antiquité ; 4 volumes de texte, 2 volumes de planches et 3 de texte à l'Etat moderne ; 3 volumes de planches et 2 volumes de texte à l'Histoire naturelle. Cette parution nécessita 211 livraisons. Elles ne furent pas régulières, car pour des raisons politiques et financières, la publication dut être interrompue cinq fois et l'ouvrage resta dépourvu de tables. C'est à Charles X que le géographe Edme-François Jomard (1777-1862), secrétaire général de la rédaction, présenta les dernières planches. Le roi offrit quelques exemplaires de cet ouvrage dont un au général de La Ferrière, relié en demi-maroquin rouge, aux plats entourés d’une frise de fleurs de lys. Le plat supérieur est orné de l’inscription suivante « Donné par le Roi au LT. Gl de LA FERRIERE, Grand Croix des Ordres Royaux de St-Louis et de la Légion d’Honneur. 1828 ». (2)
Comment ranger dans une bibliothèque, un ouvrage d’une telle dimension ? Celui du général est présenté dans une meuble-bibliothèque en chêne reposant sur quatre pieds moulurés, présentant cinq compartiments (H. 98, L. 122,5, Pr. 83 cm). En fait Jomard avait dessiné les plans d’un meuble qui pourrait être exécuté sur commande. L’ébéniste parisien Charles Morel réalisa plusieurs modèles de ce fameux meuble « retour d’Egypte ». Nous en connaissons au moins six dont un à la bibliothèque du Sénat offert par Louis-Philippe à la Chambre des Pairs, un autre dans celle de l’Assemblée nationale, un autre encore qui appartenu au Dr Clot-Bey, sans doute offert par le roi Louis-Philippe. Nous en avons la description : « Ce meuble en acajou et placage d’acajou le dessus à plateau basculant à la Tronchin est muni de deux lutrins adaptés aux dimensions des planches et gravures qui se fixent sur le plateau par un axe métallique. Il est composé d’un tiroir et de deux vantaux ; le tiroir démasque un bureau à quatre casiers ; derrière les vantaux apparaissent 14 rayonnages à roulettes. Le meuble est décoré de frises sculptés par Danton aux motifs de papyrus, cobras, bâtons liés, colonnes serpentines à chapiteaux de masques nubiens, de cartouches ailées aux armes du royaume d’Egypte. Jacob conçut aussi un meuble spécial en acajou et bronzes dorés, pour contenir cette « œuvre digne de la grande Encyclopédie du siècle des Lumières ».
Bertrand Galimard Flavigny

(1) Ed. Chamonal
(2) Celui-ci a été adjugé 26.000 €, à Cheverny, le 7 juin 2009 par la svv Philippe Rouillac

dimanche 18 décembre 2011

UN CANTIQUE DE NOËL PEUT EN CACHER UN AUTRE



Chanter Noël ! Quoi de plus naturel en cette période de l’année. Les Anglais excellent en cela grâce, notamment aux chorales de Cambridge, les Anglo-Saxons poussent plus loin la chansonnette et c’est un plaisir de les entendre autour de l’arbre décoré dans Downtown. Les chants composés autour de la date choisie de la naissance du Christ, sont apparus vers le IXe siècle. Cela alla même plus loin, car trois siècles plus tard, on mit en scène sur le parvis des églises, cette naissance avec des personnages costumés à l’instar des comédies musicales d’aujourd’hui. Puis, le temps passant, les noëls traditionnels devinrent peu à peu dépourvu de sens religieux. Ils furent peu à peu diffusés grâce à l’imprimerie. Justement, l’un des plus fameux sortit des presses en 1520 à Paris les Noëls de feu maître Lucas le Moigne, en son vivant curé de Saint-George du Pui la Garde, au diocèse de Poitou. Selon les musicologies, cet ecclésiastique utilisa les airs de 36 chansons déjà connues. Mais attention, un cantique peut en cacher un autre. Les noëls de Jean Daniel, dit maître Mitou, chapelain et organiste, publiés pour la première fois à Lyon, au cours du XVIe siècle, et souvent réimprimés, ne sont aucunement religieux, ni par le caractère familier et bouffon de ses textes, ni par la musique à laquelle ils s'adaptaient, qui était, selon leur titre « le chant de plusieurs belles chansons ». Il y avait tromperie sur le sens liturgique. Nicolas Denisot (1515-1559), un bel esprit du temps qui aimait aussi la peinture, entreprit de ramener la gravité dans les noëls. Il fit paraître au Mans [sans date] et à Paris chez la veuve Maurice de La Porte, en 1553, sous l'anagramme de son nom, le Conte d'Alsinois, les Cantiques du premier aduenement de Iesu-Christ, contenant treize chants avec la musique des airs imprimés dans le texte. De son côté, à peu près à la même époque, Nicolas Martin, « clerc de branche » à Saint-Jean de Maurienne publia à Lyon en 1555, des « noëls et chansons tant en vulgaire Françoys que Savoysiens dict Patois ». Martin et Denisot, on s’en doute, ne furent pas le seul à compiler voire composer des noëls. « Il n'y est pas fait place, ou rarement, à la prière. Ce sont des chansons de réveillons, non d'église », disent les dictionnaires musicaux. La recette était simple. On prenait des chansons populaires déjà connues sur lesquelles on mettait des paroles de son cru et on les appelait « noëls nouveaux ». Chacun se souvient de « Sur le pont d’Avignon J’ai ouï chanter la belle » ; connaît-on le cantique de noël calqué sur ces paroles : « Sur le Mont de Syon J’ai su bonne nouvelle » ? La chanson au joli titre : « Une jeune fillette/De noble cœur », qui raconte l’histoire d’une jeune fille mise au couvent contre son gré, est ainsi devenue « Une jeune pucelle De noble cœur », qui narre désormais l’histoire de la Vierge Marie ? Les danses elles-mêmes furent mises à la contribution de Noël. La plus familière car on ne s’en doute pas est « le Branle de l’Official » qui est devenu un « Carol » anglais sous le nom de Ding Dong Merrily on High. Tant en Angleterre, qu’en Nouvelle Angleterre et en Nouvelle France, dans les pays du Nord, ce chant retentit, sans que l’on s’en lasse, dans les foyers, les magasins, les rues, les églises…
L’abbé Joseph-Simon Pellegrin (1663-1745), d’abord religieux servite et aumônier de la marine, excella dans cet exercice d’adaptation. Proche de Mme de Maintenon, il put être sécularisé, ce qui lui permit d’ouvrir une boutique de madrigaux et épigrammes à caractère religieux, qu’il vendait pour toutes occasions ! Type du prêtre-crotté, il écrivait aussi pour le théâtre, afin d’arrondir ses fins de mois. Toujours est-il que ce librettiste a modifié voire modernisé plusieurs textes anciens parvenus jusqu’à nous. Le vaudeville Prends ma Philis, prends ton verre se chante désormais, grâce à lui : Cher Enfant qui vient de naître. L’abbé fit paraître la première fois en 1722, ses Noëls nouveaux sur les chants des Noëls anciens, notés pour en faciliter le chant, mais sans musique. Ce qui peut s’expliquer, car les lecteurs devaient s’en souvenir. Une nouvelle édition, datée de 1728 à 1735, fut imprimée pour Nicolas le Clerc toujours sans musique et comprenant sept recueils de noëls nouveaux et poésies spirituelles. Parmi elles, le Venez divin Messie issu de Laissez paître vos bêtes.

lundi 21 novembre 2011

LE TRÉSOR DES LIVRES DE MER



Rien de tel qu’un récit de navigation, un traité de fabrication des navires, un glossaire maritime et même des ordonnances pour les juristes pour rêver. Ces ouvrages sont encore relativement rares aux XVIe et XVIIe siècles. Il n'en reste pas moins que les plus beaux cités par les bibliophiles marins datent de la fin du XVIIIe siècle. La Bibliographie maritime française depuis les temps reculés jusqu'en 1914, composée par Jean Polak comporte néanmoins 12 000 titres et nous imaginons qu’il convient de tripler ce chiffre un siècle plus tard. Comment choisir parmi tous ceux-là. Les voyageurs anciens se complurent à décrire des « amazones, géants patagons et cyclopes » et firent ainsi découvrir à leurs contemporains, les nouveaux mondes et suivre les expéditions scientifiques, les travaux des naturalistes, des anthropologues ? Michèle Polak dont la librairie de la rue de l’Echaudée, à Paris est le port à partir duquel tous les marins et les voyageurs partent vers d’autres mers, nous aide à distinguer parmi ces merveilles.
« J’ai trouvé dommage que ces livres soient ignorés, dit-elle. Ils n’ont pas été écrits seulement pour les marins, on peut les lire. Ils racontent notre passé, l’histoire d’autres peuples, d’autres mondes, tout ce qui nous a fait. Ce sont des textes vivants, de la véritable littérature », explique l’auteur du Trésor des livres de mer (1). Mais comment choisir entre toutes ces merveilles ; elle a été limitée à quatre-vingts titres. Elle ne pouvait pas passer à côté du De Insulis in mari Indico, la « lettre de Colomb », l’un des imprimés les plus précieux de la bibliophilie dite americana, ni du Voyage autour du monde de Bougainville, ni de celui de Krusenster, ni celui de Louis de Freycinet, ni de celui de Laplace. Michèle Polak a d’abord sélectionné les ouvrages qui lui plaisait, certains qu’elle possède, qu’elle a eu entre ses mains, et d’autres qu’elle a envie d’acquérir. Ce qui est après tout logique. Même « s’il a fallu choisir à grand-peine, retrancher, opérer des coupes claires dans l’immense inventaire des curiosités, l’inventivité des navigateurs des capitaines voyageurs, des équipages et des hommes de bord, rassembler le dit d’un monde énigmatique, balbutiant alors », confirme dans l’introduction, Alain Dugrand. « Ce livre des mers et des voyages est une proposition pour juger du monde tel qu’il demeure, il résonne de l’écho des vacarmes du passé, de rumeurs lointaines, de désirs, d’aventures humaines irrépressibles, des impératifs d’aller toujours plus avant ».
Chaque ouvrage est présenté sur une double page accompagné d’un récit racontant l’auteur et le livre et de plusieurs illustrations extraites des planches. L’iconographie de ces livres de voyages et marine ou les deux ensemble car ils sont indissociables, car on ne se déplaçait pas, autrefois, sans la mer, est particulièrement riche. Elle est celle que les navigateurs ont vue et rapportée. Sans oublier les histoires. Quelques une sont savoureuses, comme celle de cette jeune fille qui croisa la route d’un ours. L’animal tomba amoureux de la belle et dit-on, ils eurent un bel enfant. Ou cette autre rapportée par René Constantin de Renneville qui explique qu’en Inde, ce sont les prêtres Bramaines ou Bramains qui sont chargés d’ôter la virginité des filles avant leur mariage. On découvre encore un repas cannibale des histoires rats chassés par les chiens car les chats sont chassés par les habitants qui les mangent. « J’aimerais que cette littérature revive, dit encore Michèle Polak, elle est riche et parfois drôle. » Joseph Kabris, un Bordelais, connut des aventures jusqu’à ce qu’il fasse naufrage de l’île Nuka Hiva aux Marquises. Les indigènes organisèrent une fête pour l’accueillir lui et ses compagnons d’infortune. D’infortune en effet, car la fête prévoyait un repas dont ils devaient être les plats principaux. Mais la fille du roi s’éprit du beau matelot et il fut sauvé. Marié, prince, père de famille, tatoué comme ses nouveaux congénères, l’homme serait peut-être devenu roi si le commandant d’un bâtiment russe ne l’eut pas soustrait, à son corps défendant à son paradis. Et Kerguelen se taille lui aussi une belle part parmi les aventuriers. Au fait, il ne débarqua jamais sur l’île qui porte son nom. Ce « trésor » réussit à en être un en réunissant tous ces ouvrages que l’on voit passer dans les bibliographies et que l’on ouvrira désormais.

(1)– Trésors des livres de mers de Christophe Colomb à Marin-Marie par Michèle Polak et Alain Dugrand, Ed. Hoëbeke, 280 p. 59 €.

jeudi 20 octobre 2011

L’APPARITION DES CORPORATIONS



Durant la période médiévale, les métiers se réunirent en confréries qui s’organisèrent en corporations. Ce terme qui ne sera généralisé qu’au début du XVIe siècle vient du latin médiéval corporari, former un corps. L’association produite par la réunion des ouvriers exerçant le même métier s’appelait en effet le métier, le corps de métier ou le commun du métier. Ce mouvement apparut dès le XIe siècle pour se généraliser au XIIIe siècle. On trouve, néanmoins la trace d’un regroupement des boulangers, dès le début du VIIe siècle. Une charte de 1134 évoque les « antiques étaux » des bouchers de Paris. Les statuts des chandeliers de Paris datent de 1061. Toutes les corporations « étaient moins occupées de se développer que de prévenir la concurrence », explique un auteur ancien. Etienne Boileau, prévôt des marchands en 1254, obtint des corporations que chacune établît ses droits en les faisant enregistrer. Cela prit quatre années et il en sortit une Livre des métiers. Seuls les bouchers refusèrent de s’y inscrire. Ce registre n’est plus connu que par des copies. Les cent un métiers mentionnés comprennent ceux de l’alimentation, de l’habillement, de la sellerie, de l’armement ; du bâtiment et du bois, des ustensiles domestiques, des chirurgiens, des étuveurs et des métiers d’art et de luxe : orfèvres, patenôtriers, cristalliers ou pierriers batteurs, imagiers (sculpteurs et peintres)…
Parmi eux, figurait naturellement la corporation des gantiers qui, elle, est datée de 1190. La période des croisades apporta le goût des fragrances en Europe, on importa, notamment depuis Venise, des peaux odoriférantes destinées à la confection de vêtement et surtout de gants.
Ce fut un engouement sans nom, les eaux parfumées furent déposées partout sur tous les objets de la vie quotidienne. Mais qui donc vendait les parfums ? Les gantiers bien sûr, mais également les merciers. Ces deux corps de métiers de disputèrent le privilège de la vente des parfums. Aussi, en 1594, un édit défendit aux deux antagonistes de s’intituler parfumeurs, tout en les autorisant toutefois de parfumer leur marchandise. Finalement, en 1614, des lettres patentes octroyèrent aux gantiers seuls, le nom de parfumeur d’où la dénomination de « parfumeurs-gantiers ». ce qui fut confirmé en 1656 ; à condition que les membres de cette nouvelle corporation ne vendent dans leur échoppe que les produits qu’ils fabriquaient eux-mêmes.
L’apprentissage d’un métier était une des principales préoccupations du Livre des métiers, véritable recueil de statut des métiers. Le régime corporatif étant rigoureux, l’ouvrier libre et indépendant n’existait pas. De son patron, l’homme de travail allait hiérarchiquement aux jurés de la corporation, puis au prévôt de Paris et aux grands officiers de la couronne, maîtres et protecteurs de certains métiers.
Toute cette organisation devait voler en éclat sous le coup de la Révolution. Voulant supprimer toutes les anciennes entraves, les Constituants, dont la théorie du libéralisme économique ne reconnaissait que l'individu, décidèrent de supprimer les corporations de maîtres et les coalitions de compagnons pour donner la libre accession au patronat pour tous. Naturellement, la loi Allarde du 2 mars 1791 conçue maladroitement sous le coup d’une idéologie, créait en même temps un vide juridique dans lequel s’engouffrèrent les compagnons et apprentis pour s'organiser face à la crise économique qui commençait à faire rage. La multiplication des assignats entraînait, notamment une forte hausse des prix. Les grèves se firent de plus en plus nombreuses à Paris durant ce printemps. Libérés de la tutelle des corporations de maîtres, les compagnons et apprentis créèrent des coalitions ouvrières, dont quelques-unes comme celle des compagnons charpentiers qui tentèrent d'imposer un tarif aux patrons. La bourgeoisie constituante réagit aussitôt. L'avocat rennais, député du tiers état, Isaac Le Chapelier, fit voter, le 14 juin 1791, une loi qui portera son nom. L'homme qui présida l'assemblée la nuit du 4 août, interdit toute association entre personnes d'un même métier et toute coalition ouvrière. Maîtres et compagnons ne pouvaient nommer de présidents, secrétaires ou syndics et "prendre des arrêtés sur leurs prétendus intérêts communs". En clair, grèves et syndicats étaient prohibés; la liberté du travail l'emportait sur la liberté d'association.


Cela me fait songer que bon nombre de "job" sont à portée de main, même à l'étranger. Il suffit de se rendre sur www.jooble.org et de voir le monde s'ouvrir clef en main.

lundi 17 octobre 2011

LES CHASSES DE M. DE BONNEFONS



Monsieur de Bonnefons, Nicolas de son prénom, était issu d’une famille du Languedoc les Dupin de Bonnefons, à ne pas confondre avec les Sarrazin de Bonnefons qui eux, venait d’Auvergne. De bonne noblesse, il avait acquis la charge de valet de chambre du roi Louis XIV ; mais propriétaire rural, il faisait davantage commerce d'arbres et de graines. On le connaissait, à son époque, surtout, grâce à un ouvrage intitulé Le jardinier françois, qui enseigne à cultiver les Arbres, et Herbes Potagères ; Avec la manière de conserver les Fruicts, et faire toutes sortes de Confitures, Conserves, et Massepans, paru pour la première fois en 1651. Il avait pris le soin de dédier son ouvrage aux dames, car il songeait que c’était davantage celles-ci qui, dans les maisons, menaient le train de la cuisine. Il avait raison ; son traité, considéré comme le plus populaire des manuels de jardinage du dix-septième siècle, fut réédité avec, à chaque fois un certain nombre de modifications.
La cinquième édition, celle d’Amsterdam, chez Jean Blaeu, (1654, (petit in-12), est la plus connue et la plus recherchée avec la première. Un exemplaire relié à l’époque en veau marbré, le dos orné, a été adjugé 400 €, à Drouot, le 16 juin 2010 par la svv Alde. A la fois livre de jardinage et livre de cuisine, cet ouvrage évoque d’abord les arbres fruitiers et leur culture, puis les fruits et légumes, et enfin des recettes pour la conservation des fruits, les confitures sèches et liquides, etc. Cette édition est illustrée de 4 figures gravées sur cuivre à pleine page, dont un titre-frontispice. Elles sont non signées, mais reprennent les gravures de François Chauveau qui ornent l'édition originale de 1651.
On trouve une suite au « Jardinier français » de Bonnefons, sous le titre Les Délices de la Campagne, suite du Jardinier françois, où est enseigné à préparer l’usage de la vie, tout ce qui croist sur la terre et dans les eaux. Dédié aux dames menageres. (Cinquiesme édition augmentée par Paris, Théodore Girard [Guillaume de Luynes, Loyson, ou Jean Cochart] 1673, in-12). C’est dans cette édition que parut pour la première fois Le Traité des chasses de Nicolas de Bonnefons qui y a été ajouté. Il n’existe qu’une seule édition parue séparément, sans nom d’auteur, avec une pagination particulière sur 59 pages, et pour titre spécial complet. Traité des chasses, de la vénerie et fauconnerie. Où est exactement enseignée la méthode de connoître les bons chiens, la chasse du cerf, du sanglier, du lièvre, du daim, du chevreuil, du connil, du loup, etc. (Paris, Charles de Sercy, 1681.petit in-8°). Ce petit volume ornée de 4 gravures sur bois, l'une à pleine page montrant une ramure de cerf et 3 autres dans le texte, montrant les différentes fumées des cerfs, est considéré comme fort rare. Un exemplaire sous cartonnage moucheté, exécuté au dix-huitième siècle, a été vendu 1.181 €, à Drouot, le 30 juin 2011 par la svv Aguttes, assistée par Edgard Laval.
Bonnefons a repris Les Délices de la Campagne dans une nouvelle édition augmentée en 1679 (P. Ch. De Sercy, in-12). Cinq ans plus tard paraissait encore le même ouvrage, mais cette fois en trois volumes, le dernier étant consacré à la Manière de cultiver les arbres fruitiers, les instructions pour les arbres fruitiers et suivi par le Traité des chasses. L’auteur de cette dernière partie était en fait un certain Legendre, curé d’Hénouville. Selon J Thiébaud, auteur de la Bibliographie des ouvrages français sur la chasse (le Vexin français, 1974), Legendre serait le pseudonyme de Robert Arnaud d’Andilly (1589-1674) conseiller d’Etat, littérateur de talent et l’un des « Solitaires de Port-Royal », également connu pour sa passion pour l’arboriculture.
Nous n’en avons pas fini avec les publications du traité de la chasse de Bonnefons. Louis Ligier (1658-1717) s’en empara à son tour pour le placer à la suite des compilations qu’il fit du Jardinier français et des Délices de la campagne (P. Michel David, 1710) suivi par trois éditions à peu près semblables jusqu’en 1745.

vendredi 7 octobre 2011

DES LIAISONS TRÈS CONVOITÉES




Pierre-Antoine-François Choderlos de Laclos (1741-1803) était quasiment inconnu du monde des lettres. Il avait bien commis quelques vers publiés anonymement dans l’Almanach des muses et fait jouer des pièces qui ne connurent aucun succès. On lui doit aussi, L’Epître à Margot, un poème sur une femme de petite vertu qui progresse dans la société grâce à ses charmes. Ce texte écrit en 1774 circula à l’état de manuscrit et fit grand bruit à Paris. Alors capitaine de bombardiers, et en congé à Paris, Laclos voulait « faire un ouvrage qui sortît de la route ordinaire, qui fît du bruit, et qui retentît encore sur la terre quand j’y aurai passé ». Il y réussit. Lorsqu’il parut, le premier tirage de deux mille exemplaires se vendit en moins d’un mois. Le plus récent de l’édition originale et du premier tirage signé des seules initiales de l’auteur, dont le titre complet est Les Liaisons dangereuses, ou Lettres recueillies dans une société, & publiées pour l'instruction de quelques autres. (A Amsterdam ; et se trouve à Paris, chez Durand neveu, 1782. 4 tomes in-12), passé en vente, a été adjugé 31.000 €, à Paris le 25 juin 2009, par Christie’s. Il était relié en veau marbré d’époque. A Drouot, le 12 novembre 2007, la svv Alde, assistée par Dominique Courvoisier, en avait adjugé 7.000 €, un autre relié en maroquin citron orné par René Kieffer dans l’esprit de Thouvenin. Les bibliophiles se souviennent de celui très grand de marge (167 mm), relié en veau marbré orné, aux armes de la princesse de Ligne, adjugé l’équivalent de 64.000 €, à Drouot, le 7 juin 1990 par Me Tajan, lors de la dispersion de la bibliothèque de Jacques Guérin.
La bibliographie des « Liaisons » datées de 1782, est complexe. Max Brun l’a établie dans une étude publiée dans le n° 33 du Livre et l'estampe. Il a en effet recensé 16 éditions et contrefaçons pour l’année. Pour lui, la « B », c’est dire la deuxième est très rare. Les fautes mentionnées dans l'errata de la première impression y furent corrigées, mais l'imprimeur, dans la précipitation mêla parfois des cahiers de cette première impression à ceux de la nouvelle. Un exemplaire de cette « EO B » relié en 3 volumes in-12 en demi-basane moucheté (usagée) a été vendu 600 €, à Drouot, le 13 mai 2005 par la svv Beaussant Lefèvre. Nous avons vu passer chez la svv Binoche et Giquello, une contrefaçon parue également en 1782, mais à Neuchâtel, De l'imprimerie de la Société Typographique, en deux volumes, dans une reliure en basane marbrée. Ella a obtenu 700 €.
Il arrive que l’on rencontre des exemplaires composés avec des tomes provenant des différentes impressions. Ce fut le cas pour celui adjugé 600 €, à Drouot le 17 juin 2010 par la svv Audap-Mirabaud. Le tome premier était une édition originale « A », les trois autres postérieurs à la date de l'édition originale (mars 1782), le tout relié en deux volumes en veau marbré d’époque. Peu importait finalement pour les lecteurs, ces différences de publications. Comme le souligne dans sa passionnante préface à la réédition des Liaisons dans la collection de la Pléiade, Catriona Seth, « une réaction immédiate témoigne de la reconnaissance du public qui y voit un écrit exceptionnel, alors même que la plupart des journalistes reste silencieux. Tout le monde - ou presque – lit l’ouvrage, même si certains feignent pat décence de n’avoir fait que le parcourir ». La reine Marie-Antoinette eut entre les mains ce roman « dangereux, satanique, mauvais, noir, atroce, méchant, immoral, scandaleux, condamnable, terrible, infime, corrosif, pernicieux, mais aussi admirable, moral, intelligent, original, chaînant, spirituel, étonnant, plein d’intérêt, bien écrit, utile », comme on le décrivit en 1782. La BNF conserve son exemplaire à ses armes, certes, dans une reliure muette, ni nom d’auteur, ni titre n’y figurent. Il ne fut curieusement pas interdit à l’époque, ce fut le dix-neuvième siècle, en 1823, qui s’en chargea.

UN CURIEUX MANUEL DE GALANTARIS

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Si les chroniques, les blogs et parfois les catalogues évoquent des ouvrages « introuvables », nul, à ma connaissance, n’a réalisé une bibliographie d’albae merulae. Plus séduisants encore sont les ouvrages qui n’existent pas, mais qui laissent croire qu’ils existeraient tout de même ou qu’ils devraient forcément exister. Où donc est passé, par exemple, l’édition originale des Fleurs du mal (Alençon, Poulet-Malassis, 1857, in-12) avec un envoi de la main de Charles Baudelaire à Jeanne Duval et d’un portrait de la jeune femme nue, également dessiné à l’encre par l’auteur sur l’une des pages de garde ? Songeant à ces ouvrages inconnus quelques lettrés ont réalisé des catalogues de livres imaginaires. Le premier du genre fut la bibliothèque de Saint-Victor dans Pantagruel. Plus près de nous furent les catalogues de ventes non moins imaginaires, de véritables facéties bibliophiles. Apollinaire cite dans Le Flâneur des deux rives (la Sirène, 1918), le « Catalogue des livres de la bibliothèque de M. ED. C., qui seront vendus le 1er avril prochain à la Salle des Bons-Enfants. » On y lisait par exemple : « ABEILARD. Incomplet, coupé./ ALEXIS (P.). Celles qu’on n’épouse pas. Nombr. taches./ ARISTOPHANE. Les Grenouilles. Papier du Marais./ AURIAC. Théâtre de la foire. Papier pot./ BALZAC (H. DE). La Peau de chagrin. Rel. id./ BEAUMONT (A.). Le Beau Colonel. Parf. état de conservation./ BOREL (PETRUS). Madame Putiphar. Se vend sous le manteau. » Ce « poulet » était sorti, vers 1910, de l’imagination savoureuse d’Edmond Cuénoud, « qui était gérant d’immeubles à Montparnasse, et consacrait ses loisirs à la bibliophilie. » Sa plaquette illustrée par Carlègle est devenue totalement introuvable (1). Plus fort encore fut le « Catalogue d’une très-riche mais peu nombreuse collection de livres provenant de la bibliothèque de feu Mr. le Comte J.-N.-A. de Fortsas, dont la vente se fera à Binche, le 10 août 1840, à onze heures du matin, en l’étude et par le ministère de Me. Mourlon, Notaire, rue de l’Eglise, no.9. Mons ». La parution de ce catalogue mit en émoi tout le monde de la bibliophilie de l’époque. « Tout alla bien jusqu’au jour indiqué pour la vente. Alors seulement on reconnut que M. de Fortsas, pas plus que sa bibliothèque n’avait jamais existé que dans l’imagination de M. René Chalon, bibliophile érudit autant que mystificateur ingénieux. » Vincent Puente a rapporté l’histoire de cette bibliothèque fantôme dans un savoureux petit livre complété par le fac-simile dudit catalogue (2).
Le même Vincent Puente à qui on doit également « le catalogue d’une bibliothèque d’occasion, Dix ans de chine (3) vient de sortir une Anatomie du faux (4) titre éponyme de l’un des chapitres qui ne peut qu’intéresser les bibliophiles. L’auteur, avec un sérieux imperturbable, rapporte avoir découvert à Naples, un exemplaire du fameux Manuel de bibliophilie de Christian Galantaris qu’il possède et consulte souvent (5). « C’est l’aspect inattendu de l’exemplaire proposé qui m’a poussé à le consulter puis à l’acheter. En lieu et place des deux tomes sous coffret rouge foncé de l’édition originale, cette édition se compose d’un seul et massif volume sous couverture toilée grise… ». L’auteur rapporte ce volume à Paris et le compare à son édition originale. Il constate « de flagrantes différences » et « les plus extravagantes variantes ». Avec un grand souci professionnel Vincent Puente poursuit l’examen de cette curieuse édition du « Manuel de Galantaris » et livre les récits de ces dissemblances et nouveautés. Nous ne songeons pas un instant au roman ou à la fable. Si nous ne connaissions pas Vincent Puente nous serions prêts à croire la véracité de ses propos. Est-il vraiment dans le faux ? Selon Christian Galantaris lui-même, le « Faux » [est une] Imitation plus ou moins réussie d’un original, délibérément exécutée pour tromper. Le faux est assez peu répandu dans le domaine du livre… » Voire, on ne se méfie jamais assez des bibliophiles.

Légende : « Une curieuse couverture pour un manuel très connu » © Vincent Puente


(1) La librairie Giraud-Badin en a tiré un fac-simile, à quelques exemplaires, il y a quelques années.
(2) Ed. des Cendres, 2005.
(3) Orbis pictos club, 2008.
(4) Les Billets de La Bibliothèque, 112 p.12 €.
(5) Ed. des Cendres, 1997.

jeudi 21 avril 2011

TINTIN AVAIT UN GRAND ONCLE (II)



Tintin au Congo le deuxième album d’Hergé dont la bonhommie colonialiste a fait grincer quelques dents blanches, n’est pas raciste. La justice belge a tranché, il y a tout juste un mois. Il reste que pour les « droitlhommistes », cet ouvrage n’est pas politiquement correct et fait l’objet de leur vindicte. Les biens pensants vont pouvoir pousser des cris d’orfraie au prochain Salon International du livre ancien. Ses organisateurs, autrement dit le SLAM, le Syndicat de la librairie ancienne et moderne, ont choisi, cette année, comme thème à son exposition : le Politiquement correct ? Avec toutefois un point d’interrogation, car « le conformisme d’hier ne ressemble guère à celui d’aujourd’hui « (1). Nous espérons qu’un exemplaire de l’édition originale de Tintin au Congo sera présenté par l’un ou l’autre librairie. Ne serait-ce que pour le comparer avec les Aventure de Narcisse Nicaise au Congo (Paris, Charavay, Mantoux et Martin, librairie d'éducation de la jeunesse, s.d. [1890] 245 p. In-8) par Armand Dubarry, illustré par des pleines pages en noir de Kauffmann. Valentine del Moral de la librairie Villa Browna qui en proposera un exemplaire indique que lorsqu’on prend la peine de lire attentivement le mélange de narrations picaresques, de fourvoiements zoologiques, clichés impérialistes et gags pré-cinématographiques de cet ouvrage, la comparaison avec Tintin au Congo devient évidente.
« Énumérons, dit-elle : Narcisse et Pierrot tout comme Tintin et Milou partagent la même cabine de bateau. Le héros tire un coup de fusil à bout portant dans la gueule d’un crocodile comme le fera Tintin. Pierrot se jette dans la gueule d’un boa constrictor qui doit se chauffer du même bois que celui qui avale Milou en 1930. Ils en réchapperont tous les deux, Milou en créant le premier serpent à pattes de la Création. En deux coups de fusil de Narcisse, cinq oiseaux tombent ce qui visuellement, n’est pas sans rappeler le carnage des gazelles de Tintin. Nicaise et Tintin blessent chacun à leur tour un éléphant qui devenu forcené déclenche une cascade de rebondissements. Nicaise se retrouve à cheval sur le dos d’un rhinocéros. Tintin en même position, chevauche un buffle furibard. Pierrot est élevé avec son maître au rang de fétiche comme le sera Milou dans l’album, qui snobera le temps de quelques cases son maitre bien aimé. » Il est bien naturel que les auteurs s’inspirent d’autres écrits et nourrissent leur imaginaire. Quand bien même, des traits ne sont pas éloignés d’un livre à l’autre, ils sont tous les deux biens différents. « Ces ressemblances factuelles peuvent difficilement être contredites. On ne verrait d’ailleurs pas quel intérêt on aurait à le faire. Car enfin, c’est parfaitement touchant d’ajouter un livre à la bibliothèque du jeune Georges Rémi qui devenu Hergé confiait en mars 1957, à l’hebdomadaire Femmes d’aujourd’hui : « J’ai très peu voyagé, sinon dans les livres », dit encore Valentine del Moral.
Écrivain, littérateur et journaliste. Auteur de poésies, romans, contes, voyages etc. Armand Dubarry (1836-1910) a composé d’autres ouvrages consacrés à l’Afrique, notamment Les colons du Tanganîka (1884) défini comme un « roman d’aventures africaines » (2). Il publiera plus tard Le rachat de l'honneur. Aventures d'un soldat français au Soudan (Charavay-Mantoux-Martin. Librairie d'Education de la Jeunesse - Paris – s.d. [1900], grand in-4° de 239 pp., illustré de 30 compositions de Beuzon). Il semblerait qu’il ait effectué un premier séjour en Afrique à la fin des années 1870, car il en a rapporté un Voyage au Dahomey pour la Collection : Bibliothèque d'aventures et de voyages (1879, 282 p.) qui lui a permis de nourrir quelques uns de ses romans. Sa bibliographie est en effet d’importance, elle tourne presque autour du monde depuis Paris, avec des scènes de mœurs parisiennes, l’Allemagne, les baleiniers, le cirque, l’Inde encore. Le Journal des Voyages, aventures de terre et de mer, a inséré en feuilleton dans son numéro du 17 février 1889, une série intitulée L’éléphant blanc.
Hergé a eu entre les mains, comme peut-être les ouvrages de Louis Boussenard, auteur prolixe d’aventures et de voyages, ceux d’Armand Dubarry et s’est nourri de scènes qu’il décrivait comme s’il avait écouté son grand-oncle.




(1) Grand Palais, avenue Winston Churchill, 75008 PARIS du 29 avril au 1er mai 2011, ouv de 11 h à 20h – Entrée et catalogue : 8 € - www.salondulivreancienparis.fr – www.salondelestampeparis.fr
(2) réédité par l’Harmattan.

TINTIN N’EST PAS POLITIQUEMENT CORRECT (I)



Le Salon International du livre ancien a choisi, cette année, comme thème à son exposition : le Politiquement correct ? « Cette notion à multiples facettes permet de décliner une infinité de thèmes sociaux, politiques et philosophiques : Dieu et/ou la morale, l’autorité et la justice, l’égalité des sexes et des races, etc. Et le point d’interrogation a son importance car le conformisme d’hier ne ressemble guère à celui d’aujourd’hui », constate Alain Nicolas, président du SLAM, le Syndicat de la librairie ancienne et moderne qui organise cette manifestation, en collaboration avec le salon international de l’Estampe et du dessin (1). Quoi de plus réjouissant que de mettre l’accent sur cette gangrène qui accable notre société depuis quelques années : le politiquement correct. Autrefois, on censurait, on condamnait, on brûlait, bref c’était brutal voire sanglant, mais non insidieux comme aujourd’hui où de simples mots sont soudain rejetés de notre langage de peur faire d’être voué aux gémonies. L’autodafé est désormais intérieure, privée en quelque sorte. L’emploi de ces mots ou images s’arrête au seuil de la parole ou de la plume, comme face à un barrage infranchissable. Emmanuel Pierrat, avocat de toutes les causes littéraires décrit « 100 Livres censurés » dans un album qui se veut être un « parcours érudit mais accessible, joyeux et tragique » (2). Tous ces titres, souvent des classiques incontournables ont chagriné et chagrinent encore les autorités quelles qu’elles soient. Galilée, Baudelaire, Flaubert, Beaumarchais, Bataille, Helvétius, Genet, Sade, Radiguet, Vian, Mirabeau pour ne citer que ceux-ci ont dérangé les politiques et les bonnes mœurs. Chaque époque a cru se défendre de ces agresseurs de la pensée, des découvertes et du style et a traîné leurs représentants devant les tribunaux.
Aujourd’hui, plus besoin de tribunaux, le doigt accusateur de quelques « droitlohmmistes » suffisent quitte à se faire tout de même aider par les dits tribunaux. Un journaliste pour avoir dit tout haut ce que tout le monde dit tout haut, a récemment été condamné par la Justice. Céline y a échappé, il est mort. Le personnage n’est pas sympathique, il est même odieux ; mais on porte aux nues ses livres et surtout son style. A notre sens, cela relève davantage d’une affaire de goût, plutôt que de politique. Ce qui n’est pas le cas de l’album d’Hergé, Tintin au Congo qui fait l’objet de la vindicte d’un étudiant congolais, soutenu par les adhérents de la confraternité « politiquement correcte ». Il a été débouté de ses demandes, le 18 mars 2011 par le tribunal de première instance de Bruxelles, siégeant en référé. Finalement « Tintin au Congo » n’est toujours pas raciste. Les albums ne seront donc pas classés ailleurs que dans les rayons de la littérature jeunesse et ne porteront pas de bandelette d’avertissement.
L’idée du sujet de Tin au Congo en revient à l'abbé Norbert Wallez, alors directeur du quotidien Vingtième siècle. « Pour le Congo tout comme pour Tintin au pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu dans lequel je vivais… C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : "Les nègres sont de grands enfants, heureusement que nous sommes là !", etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque en Belgique, » devait confier Hergé à Numa Sadoul (3). La composition de cet album, comme celui consacré aux Soviets, relève d’un contexte historique ; les mentalités ont changé. Examinons donc à la loupe toutes les BD de l’époque et les suivantes et prenons nos ciseaux. Il y aura du travail.
Aucun exemplaire de l’édition originale de cet album, deuxième de la série, ne semble être présenté par un libraire dans le Salon. Il est d’abord sorti dans les pages du Petit Vingtième, le supplément du journal du Vingtième siècle du 5 juin 1930 au 18 juin 1931. Il parut ensuite chez Casterman en 1937, en noir et blanc avec 4 hors texte couleurs. Un exemplaire a été adjugé 3.800 € par Artcurial ; le 17 octobre 2009. La première édition couleur date de 1946, toujours chez Casterman. Un exemplaire a été vendu 6.500 € à Drouot, le 9 mai 1910 par la svv Kahn-Dumousset. Mais Tintin avait un grand oncle qui s’appelait Narcisse Nicaise.

lundi 28 février 2011

LES SOIRÉES AMUSANTES DE HUVIER



« Par son esprit original et un peu caustique sans méchanceté, il étoit l'âme de nos réunions de famille et en faisoit tout l'agrément. Il avoit fait de bonnes études au collège de Juilly et joignoit, à beaucoup de facilité pour faire des vers, des connoissances en littérature », écrivit Antoine Fare Huvier, après le décès de son frère François Huvier des Fontenelles (1757-1823). Le défunt était alors maire de Mouroux, non loin de Coulommiers, en Seine et Marne. Avant d’être magistrat consulaire, l’homme était entré dans l’ordre des Oratoriens, ceux-là mêmes qui enseignaient à Juilly ; il n’y demeura pas longtemps. Il reprit l’habit laïque en 1780 et seconda son père alors bailli de Coulommiers, puis se consacra aux lettres, ce qui devait être plus amusant que de rendre la justice dans ce bailliage provincial. Il a laissé quelques ouvrages comme La targétude, tragédie un peu bourgeoise, parodie de l'Athalie de Racine (Paris, 1791). Cette pièce était dirigée contre Guy Target (1733-1806) , alors rapporteur du comité de révision de la constitution en 1791. Bien plus tard, il donna Les remontrances du parterre, etc. , par Bellemure, ci-devant commissaire de police, réfutées par M. H. D. , otage de Louis XVI (Paris, 1814). Notre homme, on l’aura deviné était profondément royaliste, il n’accepta aucune charge durant la révolution et l’empire. Nous savons qu’il était membre d’une loge, car il a laissé également des textes de chansons franc-maçonnes.
Sa production la plus intéressante, pour nous aujourd’hui, est une petit livre intitulé Les soirées amusantes, ou entretiens sur les jeux à gages et autres (Paris, Veuve Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1788, in-12) orné par 3 planches hors-texte. Paru sans nom d’auteur, il a été identifié grâce à son frère et est mentionné dans le Dictionnaire des anonymes par Barbier. Nous pourrions croire qu’Agata Christie se serait inspirée de ces soirées pour composer ses Dix petits nègres enfermés dans une propriété dont les protagonistes ne pouvaient s’échapper. Huvier des Fontenelles avait lui aussi bien avant elle, enfermé ses amis, mais d’une autre manière, dans une charmante propriété. Ses invités étaient des enragés du jeu, et tant mieux pour eux. Pour mieux masquer leur travers, ils acceptèrent que le maître de maison, leur donnât des noms hautement bucoliques : Monsieur et Madame de la Rivière, Madame et Mademoiselle de la Haute Futaie, Madame du Bois et son fils, Mesdemoiselles du Ruisseau, du Gazon et Rose, sœurs de leur état, Madame du Ruisseau, Madame du Frêne et son fils, Mademoiselle du Bocage, Monsieur des Jardins, Monsieur de la Forêt, les abbés Printemps et des Agneaux, le chevalier Zéphir. « Or, loin d’être une bluette pastorale et bien que chacun y aille de sa promenade quotidienne, l’ouvrage qu’écrit Huvier est une mine de renseignements sur les jeux de cette seconde moitié de XVIIIe s. et une ébauche de psychologie du joueur », explique Valentine del Moral de la librairie Villa Browna qui présente un exemplaire de cet ouvrage (1). « Il s’appuie pour bien faire sur un certain séjour qu'il fit « dans la maison de campagne de M.B*** située à Montevrain (en actuelle Seine-et-Marne). Des jeunes gens y jouèrent à cinquante de ces petits jeux qui s’échappent de la mémoire, et dont on voudrait souvent se souvenir dans l’occasion. On ne peut pas toujours danser, faire de la musique et tenir des cartes ». C’est précisément pour se les rappeler et pour en donner les règles qu’Huvier livra son souvenir en un dialogue amusant qu’on jurerait avoir inspiré la comtesse de Ségur.
Dans cette maison vouée au jeu, l’ancien abbé contraignit ses amis à jouer à Berlurette ; à Combien vaut l’orge ; à J’aime mon amant par A. ; aux Ciseaux croisés ; Au jeu des paquets ; à l’anguille ; à l’esclave dépouillé. Des jeux dont nous découvrons les règles. Il n’était pas contre non plus pour une joyeuse partie de quilles, de volant ou de Cherche une épingle au son du violon, jeu trivialement nommé de nos jours Cache-tampon. Chacun y allait de son commentaire dans ce petit livre : « Tout le monde joue au loto, parce qu’il ne faut à ce jeu que du bonheur, & que tout le monde a des prétentions au bonheur » comme « tout le monde juge des ouvrages de littérature, les uns bien, les autres mal, parce que les uns ont de l’esprit & que les autres n’en ont pas ». Ce à quoi un des abbés ajouta avec malice qu’« on lit quelquefois des petits ouvrages de littérature [seulement dans l’idée de] se désennuyer »…


(1) Relié en plein veau marbré, dos lisse, Villa Browna, 27 avenue Rapp, 75007 Paris - http://villabrowna.free.fr/

dimanche 20 février 2011

COMMENT PARLER AVEC UNE MARÉCHALE ?

COMMENT PARLER AVEC UNE MARÉCHALE ?
Ah que l’époque était douce ! On avait à traiter une quelconque affaire avec un duc. On se rendait de bon matin à son hôtel. Il était absent ; on se faisait annoncer à Mme la duchesse. Elle était à sa toilette ; on approchait un fauteuil, on s’installait et l’on causait. « C’est une femme charmante ; elle est belle et dévote comme un ange ; elle a la douceur peinte sur son visage ; et puis, un son de voix et une naïveté de discours tout à fait avenants à sa physionomie », note Diderot, car c’est de lui qu’il s’agit. De cette aimable causerie, il sortit l’Entretien d’un philosophe avec Mme la Maréchale de***. Une causerie sortie de son imagination bien sûr. Diderot s’était rendu, à l’invitation de Catherine II, en Russie en octobre 1773. Sur le chemin du retour en mars de l’année suivante, il s’arrêta, comme à l’aller, à La Haye chez les Galitzine. Il profita de cette halte pour travailler notamment à la refonte de l’Encyclopédie qui devait être imprimée en Russie et également à plusieurs autres textes « philosophiques » personnels dont les Principes de la politique des souverains, le Voyage en Hollande et notamment encore La réfutation d’Helvétius et aussi les Observations sur l’instruction.
Le personnage de la duchesse, « belle et dévote comme un ange », déjà mère de six enfants et en attendant un septième, demande au philosophe qui, pourtant ne vole, ne pille ni ne tue, de justifier son athéisme. « Dites-moi si un misanthrope s'était proposé de faire le malheur du genre humain, qu'aurait-il pu inventer de mieux que la croyance en un être incompréhensible, sur lequel les hommes n'auraient jamais pu s'entendre, et auquel ils auraient attaché plus d'importance qu'à leur vie ? Or est-il possible de séparer de la notion d'une divinité l'incompréhensibilité la plus profonde et l'importance la plus grande ? », demande la Dame. Ce petit texte d’une vingtaine de pages qui s’achève par une pirouette, figure dans Les œuvres philosophiques de Diderot qui viennent d’être réunies dans la collection de la Pléiade (1). Il a été diffusé pour la première fois dans les livraisons d’avril et de mai 1775 de la Correspondance littéraire. Diderot avait souhaité publier ces « Entretiens » en Hollande. Michel Delon qui a dirigé l’édition de La Pléiade rapporte que le chargé d'affaires français en Hollande, l'abbé Desnoyers, ancien jésuite, en informa aussitôt le comte de Vergennes, ministre des Affaires étrangères, le 26 août 1774 : « L’ouvrage qu'on prétend que le sieur Diderot a offert à un libraire hollande (sic) et que celui-ci a refusé, est un dialogue entre dialogue entre ce Philosophe et une maréchale en attendant l'honneur de dîner avec le maréchal. C'est le début du dialogue. On ajoute que le sieur Diderot, frappé de l'éloignement du libraire pour ce genre de métaphysique, a dit en serrant [rangeant] son manuscrit, qu'il ne lui laisserait point voir jour. » L'Entretien a risqué de rester dans un tiroir comme Le rêve de d’Alembert, également publié dans le volume de la Pléiade.
Diderot ne pouvait en rester là, il ajouta les Entretiens, avec un nouveau titre, à une édition bilingue, franco-italienne, des Pensées philosophiques, comme étant l’ouvrage posthume de Thomas Crudeli, « connu pour ses poèmes » : l’Entretien d’un philosophe avec Mme la duchesse de***. Un tiré à part (32 pages), sans doute unique, du moins en main privée, ([Londres (Amsterdam), 1777]. In-8, relié au XIXe siècle, en demi-maroquin brun, dos lisse, titre en long avec fleurons, a été adjugé 1.400 €, à Drouot, le 25 novembre 2008, par la svv Alde. Un avis au lecteur précise l'identité de l'interlocutrice : « Il y a toute apparence que la dame avec laquelle le poète s'entretient est la signora Paolina Contarini, Vénitienne à laquelle il a dédié quelques unes de ses odes. » Il semblerait, en fait, que la « maréchale » était inspirée par Louise Crozat de Thiers, duchesse de Broglie (1733-1813).
Et, selon Michel Delon, l’origine des tirés à part « reste floue ». Le destin de ce texte est en effet assez particulier. Après la mort de Diderot, il se répandra sous des formes différentes qui peu à peu de la badinerie philosophique, se transformera en essai libertin, voire érotique pour devenir sous la Révolution, un brûlot, et redevenir enfin philosophique. Il y aura donc en tout, trois versions. A nous de juger.

mardi 30 novembre 2010

LE PREMIER « NOSTRADAMUS »


« J’annonce vérité simplement et sans pompe,/ Et mon présage vrai nullement ne me trompe », annonce Nostradamus en guise d’exergue dans une vignette fin XVIe , le représentant marchant, le doigt levé vers le ciel tandis que sa main gauche tient un astrolabe. Michel de Nostredame est né à Saint-Rémy-de-Provence le 14 décembre 1503 dans une famille juive convertie au catholicisme. Le futur astrologue dut sans cesse fuir la peste, ce qui semble-t-il l’empêcha de soutenir sa thèse en médecine, mais non d’exercer et de s’intéresser aux confitures thérapeutiques. Au début des années 1550, il commença la rédaction de ses almanachs populaires contenant des prédictions astrologiques rédigées dans un style énigmatique. Le succès de son almanach pour 1555 lui valut d’être invité à la cour par Henri II et Catherine de Médicis, puis de quitter Paris précipitamment pour une destination inconnue.
Toujours est-il qu’en 1555 parut à Lyon, chez Macé Bonhomme, la première édition des Prophéties (in-8), qui compte les quatre premières centuries (la quatrième ne comportant que cinquante-trois quatrains). Celle-là comporte 46 feuillets. Dès lors, prophétie, almanachs et autres pronostications se multiplièrent, et rencontrèrent un immense succès à travers l’Europe. La plupart de ces éditions ont été perdues. On ne connaît que trois exemplaires de l’édition originale et un seul recueil des exemplaires des Pronostications de 1558 et 1560 (Lyon, Jean Brotot & Antoine Volant, sans date [1557 & 1559]. In-8) relié en veau brun orné par Trioullet, Successeur de Petit-Simier. Le texte se compose des prédictions générales pour l’année, suivis des présages saisonniers, du calendrier lunaire et de suivis des présages saisonniers. Il prévoyait par exemple une éclipse de la Lune, de mars, à 5 h du matin devant durer 44 minutes et une du soleil, le 21 août, à 1 h 34 minutes après-midi et devant durer jusqu’à 1 h 46 minutes. On sait qu’ils ont appartenu à l’abbé Hector Rigaux (1841-1930) dont la bibliothèque a été dispersée le 17 juin 1931, puis au folkloriste Émile Nourry, plus connu sous nom de plume de Pierre Saintyves, et ensuite à Jules Thiébaud, le bibliographe de la chasse. Ils viennent de réapparaître sur les rayons de la librairie Thomas Scheler et ont été présentés à la dernière Biennale des Antiquaires, avec trois autres exemplaires « échappés à la sagacité des bibliographes », selon le mot de Michel Scognamillo, auteur d’une élégante plaquette « Nostradamus et son siècle », présentant ces éditions antérieures à 1600 (1).
La première édition des Prophéties est sans doute l’un des livres les plus lus à travers le monde. Les deux premiers cahiers contiennent l’épître adressée par l’auteur à son fils, César de Nostredame. Le texte qualifié pudiquement d’obscur, autrement dit complètement incompréhensible, « constitue, selon Michel Scognamillo, un précieux témoignage sur la personnalité et la méthode divinatoire de Nostradamus. » L’exemplaire figurant dans le catalogue de la librairie Thomas Scheler, le seul donc encore en main privée, est relié en maroquin aubergine, orné avec pièces, bande mosaïquée, fleurons dans les angles, etc. par Thierry, Successeur de Petit-Simier.
Le personnage s’inscrit dans la lignée des devins qui jalonnent l’histoire de l’humanité. Or, des prophéties, il y en a toujours eu, depuis les oracles des Sybilles, les prophéties du fameux « Merlin l'enchanteur », sans oublier celles de Malachie et combien d’autres. Nostradamus les domine tous. Il a même prédit l’avènement de Napoléon. Témoin cet ouvrage intitulé Napoléon, Premier Empereur des Français, prédit par Nostradamus par J.P.B. (Bellaud) (Paris, Desenne et Tardieu, 1806, in-12) complété par une Notice Historique sur Nostradamus par F .d.S.M. Un exemplaire relié en plein maroquin à long grain rouge orné, attribuée à Jean-Claude Bozérian, ayant appartenu à Cambacérès, a été présenté à la vente avec une estimation de 1.000 €, à Drouot le vendredi 18 juin 2010 par la svv Kapandji Morhange assistée par Christian Galantaris. On ignore qui était ce Bellaud, mais ils furent tellement nombreux à s’intéresser aux prophéties de Nostradamus et à prendre en compte ses quatrains, y compris ses détracteurs comme La première invective du seigneur Hercules le François contre Monstradamus (sic) (Lyon, Michel Jove, 1558, in-8) que l’on a pu voir à la Biennale des antiquaires !

Nostradamus en son siècle, avant-propos de Michel Scognamillo, Librairie Thomas Scheller (HC).

mardi 2 novembre 2010

Une histoire de saints pour les reconnaître

Allons consulter ce blog : http://villabrowna.blogspot.com/ et soyons sanctifiés

lundi 25 octobre 2010

UNE RELIURE « PEAUX-ROUGES »



Jacques Cartier (1491-1557), lui aussi, cherchait un passage afin de « découvrir certaines ysles et âys où l'on dit qu'il se doibt trouver grant quantité d'or et autres riches choses ». Mandaté par François Ier, ce malouin prit, le 20 avril 1534, la route de l’Ouest et parvint le 10 mai face à Terre-Neuve, puis longea le Labrador, des lieux déjà connus, et pénétra dans ce qu’il pensait être une mer intérieure. Ce fleuve qu’il appela d’abord « La grande Rivière » était le Saint-Laurent que nous connaissons. Face au littoral, Cartier constata : « Il y a des gens à ladite terre, qui sont d'assez belle corpulence, mais ils sont farouches et sauvages. Ils ont leurs cheveux liés sur leur tête, à la façon d'une poingée (sic) de foin tressé, et un clou passé parmi, ou autre chose ; ils y lient des plumes d'oiseaux. Ils se vêtent de peaux de bêtes, tant hommes que femmes ; mais les femmes sont plus closes et serrées en leurs dites peaux et ceinturées par la taille. » Au cours de cette première expédition, Cartier emmena avec lui ou les enleva, les historiens ne sont pas d’accord sur l’évènement, deux fils du chef Iroquois Dannacona, dans le dessein d’en faire des interprètes
De retour en France, le 5 septembre, le navigateur fit baptiser les deux garçons et les présenta au roi François Ier Nous connaissons cette histoire grâce au Discours du voyage fait par… J. Cartier aux terres neufves du Canada, (Paris, 1538). Ce qui n’est pas dit est sans doute l’engouement que la cour eut vis-à-vis de ces sauvages venus du Nouveau monde. L’indiamania a laissé peu de traces et les chroniques de l’époque n’en font pas état. Il en subsiste néanmoins une trace dans des reliures dites « Peaux-Rouges ». L’une d’entre elles a été adjugée 6.000 €, à Drouot, le jeudi 17 juin 2010 par la svv Audap-Mirabaud, assistée par Christian Galantaris. L’expert la décrit ainsi : « La plaque gravée, dont le cuir porte l'empreinte profondément enfoncée, se distingue par un large entrelac serti de filets dorés, dans les échancrures duquel s'inscrivent, dans la partie supérieure, le visage vu de face d'un vieil indien grimaçant coiffé d'une corbeille de fruits et doté de deux longues cornes horizontales ; sur les côtés deux profils symétriques de Peaux-Rouges aux traits accentués et largement parés de plumes sur le crâne ; au centre un visage de femme de face avec un croissant dans la chevelure et un drapé sur le buste ; il y a encore des guirlandes de fruits liées à des draperies et, dans le bas, une tête de buffle de face un peu stylisée. »
Quoiqu’un peu défraîchie, cette reliure est remarquable car on ne connaît que trois autres spécimens de la même reliure et avec, comme celui-là, des rehauts polychromes : sur les Commentaire sur le Banquet de Platon par Ficin (Poitiers, 1546) conservé à la Bibliothèque Mazarine ; sur les Heures à l'usage de Paris. (Paris, Th. Kerver, 1551) à la Bibliothèque de Versailles et sur Des guerres des Romains, par Appien, (Paris, 1552), vendu à Versailles, le 7 nov. 1993, en présence de l’expert Bernard Clavreuil. Ces reliures décorées portant ce décor ont, semble-t-il, été exécutées à Paris dès la fin de la première moitié du XVIe siècle et dans les années qui ont suivi.
Quant à l’ouvrage recouvert de ce décor, vendu en juin, il s’agit du Sommaire des Histoires du royaume de Naples… par lequel on peut congnoistre clairement les raisons de ceulx qui par cy devant l'ont querelé. (Paris, Arnoul L'Angelier, 1546, in-8), par Pandolfo Collenuccio (1444-1504), un jurisconsulte né à Pesaro, fils d’un maître de grammaire. Cette histoire de Naples, en fait un abrégé, parut, pour la première fois, en langue italienne, sous le titre Compendio delle historie del regno di Napoli (Venetia, Michele Tramezzino, 1539, in-8). Cet ouvrage connut un réel succès et a été réimprimé plusieurs fois, à partir de 1541, avec, précise le bibliographe J-Ch. Brunet, « des augmentations successives de Mambrino Roseo et de Th. Costo ». On cite ainsi au moins les éditions de 1548 et 1559. On en connaît une autre vénitienne pour Giusti, en 1613, en 3 volumes in-4.
« Quant à la traduction française, dit le bibliographe J-C. Brunet, qu’en a donnée Denis Sauvage, c’est un livre plus rare que recherché ». La reliure Peaux-Rouges, étonnante sur une histoire de Naples, lui, a apporté un petit air d’exotisme.

dimanche 18 juillet 2010

LE SECRÉTAIRE DE DUMAS FILS



Nous ignorons sur quelle table travaillait Alexandre Dumas fils (1824-1895), lorsqu’il composait ses romans ; il a laissé une quarantaine de titres, même si l’on ne s’en souvient que d’un seul, la fameuse Dame aux camélias. Toujours est-il qu’un secrétaire qui lui a appartenu, a été récemment vendu aux enchères à Paris. Ce meuble d’époque Louis XV estampillé de Pierre Roussel, trônait dans la chambre à coucher de l’écrivain, rue Alphonse de Neuville, à Paris. Il est recouvert de laque de Coromandel, avec un placage de bois de rose, satiné et amarante, ornementation de bronze ciselé et doré ; il est orné de paons parmi des rochers et de branchages de fleurs de pivoines. La laque de Coromandel, par son relief, par la multitude et la vivacité de ses couleurs, offre de grandes qualités décoratives. Elle est, toutefois, difficile à travailler et les pièces de mobilier garnies de ce décor sont rares. Pierre Roussel (1723-1782), ébéniste parisien, connut une longue et brillante carrière. Il travailla pour le Prince de Condé et livra du mobilier pour le Palais Bourbon et le château de Chantilly.
Suivant les traces de son père Alexandre Dumas fils avait donc prit également la plume et se fit remarquer dès la parution de son premier roman : la Dame aux camélias (Paris, Alexandre Cadot, 1848. 2 vol. in-8). Cette édition originale est considérée comme presque introuvable et selon Clouzot*, peut-être le plus rare de tous les romantiques. Le dernier exemplaire que nous ayons vu passer, relié en demi-veau fauve, dos ornés de filets dorés, pièces de titre noires, tranches jaspées a été adjugé 6.000 €, à Drouot, le 28 juin 2004 par Piasa. Dumas fils adapta lui-même son roman, pour le théâtre. La pièce jouée en 1852 fut l’un des grands triomphes théâtraux du XIXe siècle. Giuseppe Verdi était présent dans la salle lors de la Première. Il s’en inspira pour composer son opéra La Traviata que l’on ne cesse de donner sur toutes les scènes du monde.
Marie Duplessis qui portait si bien la fleur de camélias a bel et bien existé. Edouard Vienot (1804- ?) a réalisé le seul portrait que l’on connaisse d’elle qui nous montre une jolie jeune femme très brune. Arrivée à Paris en 1840, Alphonsine Plessis se choisit le nouveau prénom de Marie et devint l'une des plus jolies courtisanes de la ville. Elle rivalisait en élégance avec Alice Ozy, Lola Montés, Atala Beauchêne. On voyait chez elle tous les « lions » du Jockey club, et des écrivains qui, comme Alfred de Musset et Eugène Sue, la jugeaient fort supérieure au métier qu'elle exerçait. Elle rencontra Dumas fils en 1844 et pour lui abandonna ses riches protecteurs. Cependant Dumas, après onze mois de liaison, décida de rompre et lui écrivit la lettre restée célèbre : « ... Ma chère Marie, je ne suis ni assez riche pour vous aimer comme je le voudrais, ni assez pauvre pour être aimé comme vous le voudriez... ».
Franz Liszt lui voua alors une passion très vive, qu'elle partagea, mais qui n'eut qu'un temps. Atteinte de « phtisie galopante », la santé de la belle Marie déclina, ses soupirant la délaissèrent fut peu à peu, et avec eux les subsides, ses dettes s'amplifièrent. Elle mourut âgée de 23 ans, le 3 février 1847. La vente de ses biens fit courir le Tout Paris qui s'arracha meubles, bibelots, vêtements et souvenirs. Mais « la dame aux camélias » était entrée dans la légende. Outre le roman, et l’opéra, son histoire a été portée au cinéma. Parmi les nombreuses reprises et adaptations, les cinéphiles considèrent que l'une des plus belles est Le Roman de Marguerite Gautier, film réalisé en 1937 par Georges Cukor, avec Greta Garbo et Robert Taylor.
On l’ignore souvent Alexandre Dumas, pas le père, le fils, a été membre de l’Académie française. On rapporte que c’est Victor Hugo qui fit campagne pour lui. Il fut élu le 29 janvier 1874 au deuxième fauteuil en remplacement de Pierre-Antoine Lebrun, par 22 voix contre 11 voix données à divers autres candidats. Pour l’occasion Victor Hugo, qui avait été absent de l'Académie depuis 1851, y fit sa rentrée pour voter pour son « poulain ». Celui-ci fut reçu sous la coupole, le 11 février 1875 par le comte d'Haussonville dont la réponse fut, dit-on empreinte d'une courtoise ironie.


* Guide du bibliophile français, XIX° siècle, par Marcel Clouzot, Librairie Giraud-Badin, 1996.

vendredi 2 juillet 2010

Bibliophilie/ LE PLUS RARE VOLCELEST



Les veneurs le savent ; il n’y a que cinq animaux - certains disent improprement bêtes - de vènerie : le cerf, le chevreuil, le sanglier, le lièvre et le loup. « - Vous vous trompez, monsieur. Il en existe une sixième. – Comment ! – Je l’ai chassée. – Pas en Europe du moins. – Dans ma patrie même. – Mais encore dites-nous… - Je ne puis rien vous dire… » affirme a contrario lord Bansborough, l’un des personnages de la nouvelle de Marcel Boulenger (1873-1932), Le plus rare volcelest du monde. Que signifie donc ce mot que l’on prononce vôcelet ? C’est l’empreinte des cervidés sur le sol. « C’est également le cri des veneurs quand ils revoient d’un cerf ou d’un brocard », précise le Dictionnaire cynégétique (1). Une fanfare est encore sonnée à l’occasion du volcelest qui est, en fait, l’abréviation de vois-le, ce l’est autrement dit « il fuit ».
Donc, au cours d’une soirée comptant quelques chasseurs, les convives abordèrent ce cas étrange d’un rare volcelest que, seul, l’un d’entre eux, ce lord à l’élégance complète, au geste hautain, à la dignité accusée, exerçant les fonctions de capitaine de chasse du roi George V, avait vu. « Je vivrais mille ans que j’apercevrais sans cesse devant mes yeux l’empreinte de ce pied-là ». Nous n’en dirons pas plus afin de laisser découvrir ce mystère à ceux qui n’auraient pas encore lu cette histoire. Celle-là parut pour la première fois dans un recueil de nouvelles intitulé Au Pays de Sylvie (Paris, Ollendorf, 1904). Neuf ans plus tard, en 1914, Le plus rare volcelest du monde sortait à Paris chez Devambez (in-4°) illustré par 10 illustrations hors- texte de Pierre Brissaud gravées à l'eau-forte et coloriées au pochoir par Mortier, et des têtes de page gravés en bistre sur bois par E.P. Deloche. L’ouvrage a été imprimé à 10 exemplaires (1 à 10) sur Japon des Manufactures impériales, avec une suite en noir des hors-texte sur japon à la forme, une suite des fumés sur japon et une des aquarelles de Pierre Brissaud ; et à 90 ex. (11 à 100) sur papier d’Arches. Nous n’avons vu passer récemment que deux exemplaires sur Arches dans les ventes publiques. Le premier a été adjugé 396 €, à Drouot, le 11 juin 2001 par la svv Coutau-Bégarie ; le second 480 €, à Nancy, le 5 juin 2004 par la svv Teitgen assistée par Christian Rebert. Lors de la dernière Foire internationale du livre au Grand Palais, la librairie Villa Browna en proposait un, toujours sur Arches, un des rares comportant des dessins originaux, relié en plein maroquin bleu, couvertures et dos conservés.
Une nouvelle édition vient de voir le jour à l’initiative de Didier Dantal qui l’a fait imprimer à 100 exemplaires (H.C) sur papier bouffant, à Chantilly (1) justement chanté par Boulenger dans Le pays de Sylvie, discret hommage à Gérard de Nerval. Dans sa préface l’éditeur rappelle que l’auteur pratiquait la chasse à courre à Chantilly où il vivait entre les champs de courses, le château et la forêt. Dans ce rare volcelest, on « retrouve également le goût de son temps pour le fantastique, les histoires extraordinaires ou «incertaines ». Car, nous pouvons le révéler pour finir, « il s’agit bien d’une chasse d’un type inédit – d’une chasse au centaure – et par conséquent de l’«invention» d’une nouvelle bête de vénerie ». D’Annunzio s’intéressait lui aussi aux centaures. Témoin son ouvrage La Resurrezione del Centauro (Rome, 1907) qu’il dédicacera à Boulenger, « qui sait la trace du sabot non ferré sur le sable noir » (janvier 1909) ;
Marcel Boulenger, par ailleurs auteur de près de cinquante ouvrages sont Nos Élégances (1908) « fut un admirable causeur, féru de beau langage et de querelle orthographique, qui écrivait comme il parlait ». Dans son Histoire de la littérature française, du symbolisme à nos jours Henri Clouard parue en 1949, disait de ses livres : «Qu’ils ne sont guère que chroniques à dialogues et à personnages : originaux qu’il a fait parler comme il parlait et agir comme il aurait voulu agir (…) Mais peut aideront-ils à sauver le souvenir de ce que fut la conversation en France. » La nouvelle Le plus rare volcelest du monde n’est-elle pas finalement, la transcription d’une conversation cynégétique qui demeure malgré tout mystérieuse ?


(1) par Lucien-Jean Bord et Jean-Pierre Mugg, Ed. Gerfaut, 2004 ;
(2) Ed. Horatius & Cie Chantilly.

vendredi 30 avril 2010

QUE MES BIBLIOFOLIES VIVENT !


Et toujours mes "bibliofolies" ! ne pas les oublier pour qu'elles continuent à vivre, à forcer, grandir et prendre du poids et ainsi se multiplier dans les bibliothèques des amis du livre et les miens aussi par la même occasion.

Les billets de La Bibliothèque, 175 p.14 €.

dimanche 11 avril 2010

BIBLIOFOLIES


le Salon international du livre ancien se déroule les 16, 17 et 18 avril 2010, sous la verrière du Grand Palais, à Paris. Voici l'occasion de reprendre en main ou de découvrir les "Bibliofolies".

Le dernier né des ouvrages des Editions La Bibliothèque « Bibliofolies », Chroniques d’un bibliophile » avait sa place toute trouvée parmi les parutions de ces Editions et plus particulièrement dans cette collection, bien connue des amateurs, « Les Billets de la Bibliothèque ». Que pouvait-on, en effet, offrir de mieux à ce recueil de chroniques bibliophiliques signées Bertrand Galimard Flavigny que ces Editions de La Bibliothèque connues et nées sous le signe de l’amour des beaux livres, des livres anciens et des bibliothèques !
Charmantes invites à la passion des livres, à la bibliophilie, aux « Bibliofolies », ce sont, en effet, plus de soixante digressions que nous offre amoureusement dans ce dernier ouvrage Bertrand Galimard Flavigny. Il nous entraîne ainsi dans ce monde un peu baroque, parfois un peu foutraque, des livres, des éditions et rééditions, dans ce monde fabuleux qu’est la bibliophilie ; glissant du livre rare ou précieux, aux éditions originales, aux livres anciens, truffés ou encore peints, cet opuscule n’est pas réservé aux seuls bibliophiles qui apprécieront bien sûr la saveur de ces pages. Ils y liront ainsi avec délice par exemple cette chronique consacrée à l’ouvrage de William Blades « Les livres et leurs ennemis » paru pour la première fois à Londres en 1880, et trois années plus tard à Paris chez A. Claudin, et dans laquelle Bertrand Galimard Flavigny nous rappelle que Voltaire réduisait à quelques dizaines de pages seulement des volumes entiers pour faire relier ensemble, véritable bibliothèque portative, ces pages arrachées ! Ou encore, cette chronique consacrée à la traduction du premier traité sur l’amour des livres composé au XIVème siècle par R.d’Aungerville de Bury, intitulé « Philobiblion », publié pour la première fois à Cologne en 1473, et dans lequel l’auteur recommandait pour le prêt des livres d’exiger en échange un gage d’une valeur supérieure !
On entre dans « Bibliofolies » comme on entrerait à pas feutrés tout emprunt de curiosité dans une belle bibliothèque, et on se surprend après avoir saisi parfois « au hasard » une chronique à la reposer pour en choisir une autre dont le titre – « un scarabée sur chenilles », « Noire tulipomania »… - comme une jolie reliure nous interpelle, nous séduit… On y apprend ainsi que l’ouvrage de Michel Déon portant le titre « Dernières nouvelles de Socrate » dont l’édition originale fut dirigée par Marie-Claude Char et illustrée par Jean Cortot est une merveille pour le bibliophile ; de même, ce projet de tableaux parisiens entre le graveur Charles Meryon et Charles Baudelaire avorté de leur vivant, mais qui verra néanmoins le jour cent quarante ans plus tard pour la plus grande joie des bibliophiles aux Editions de La Bibliothèque sous le titre « Paris 1860 ». ; ou encore, la publication du recueil « Escales » de Jean Cocteau tirée à 440 exemplaires et considérée comme l’une des impressions les plus réussies de son époque.
Témoignage de bibliophile, ce recueil se laisse lire comme un léger et savoureux divertissement. Tous les amoureux ou amateurs de livres en général ne manqueront pas de sourire en y découvrant l’histoire des parutions et traductions de « Hidalgo Don Quixote de la Mancha » de Cervantès qui dû être piqué au vif pour daigner enfin en écrire la seconde partie ! Le lecteur y croisera des lieux étranges, parfois imaginaires comme l’Isle aux hermaphrodites... Il y rencontrera également entre deux ouvrages anonymes des personnages illustres, Honoré de Balzac, Pierre Corneille, Alexandre Dumas… des oeuvres aux amours passionnelles avec notamment George Sand et Alfred de Musset…
« Bibliofolies » ravira, aussi, les collectionneurs les plus pointilleux qui pour leur part ne manqueront d’y trouver de petites curiosités notamment ce premier ouvrage imprimé en 1808 à Marseille, intitulé « Traité théorique de l’art du savonnier » et exposant les secrets de fabrication du savon de Marseille, ou ce petit traité intitulé « Instruction populaire sur le blanchissage à la vapeur, imprimée et publiée par ordre du gouvernement » publié en 1805 et que possédait Napoléon dans sa bibliothèque... Les véritables bibliomanes, enfin, ne demeureront pas en reste, et trouveront dans cet ouvrage des chroniques dignes de leur passion avec notamment la fabuleuse histoire de Jean-Népomucène-Auguste Pinchaud de Fortsas… Ce sont là, rassemblés, des récits extraordinaires du monde fabuleux de la bibliophilie, on y rit, sourit, rêve surtout… que d’aventures, de périples pour ces héros, ces compagnons fantastiques que sont les livres…
Cette « Bibliofolies » à la couverture couleur coquelicot est sans conteste un biblion savoureux par « ce presque rien », cette délicatesse de choix éditorial, qui fait des Editions La Bibliothèque une édition privilégiée des bibliophiles…On en deviendrait pour un peu Bibliotaphe !

Bertrand GALIMARD FLAVIGNY : « Bibliofolies ; Chroniques d’un bibliophile », Paris, Editions de La Bibliothèque, 2008, 172 p.

Article paru sur le site : www.lexnews.fr