mercredi 17 mars 2010

UN BON SAUVAGE DANS LA BELLE PROVINCE



Le baron de Lahontan vécut dix ans Québec, à partir de 1683 et en rapporta un récit précieux pour l’histoire du Canada.

Les voyageurs en Nouvelle France, autrement dit le Québec ont rapporté des récits qui furent repris par d’autres auteurs, à un tel point que l’on ne sait plus, parfois, qui en fut le véritable. Lors de notre visite dans le centre de conservation de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), nous avions tenu entre nos mains les Voyages dans l'Amérique septentrionnale (sic), par le baron de Lahontan, dans l’édition de 1706 à La Haye. Un exemplaire de celle de 1703 parue la même année que l’originale, a été adjugée 2.200 €, à Drouot, le lundi 7 décembre 2009 par la svv Guillaume Le Floc’h, assistée par Emmanuel de Broglie. Cet ouvrage important pour l’histoire du Canada à la fin du XVII° siècle, est également intéressant pour sa description des mœurs et des coutumes des Indiens. Comme le souligne le bibliographe Charles Chadenat (1859-1938), « les cartes et planches sont très curieuses ». Cet ouvrage est orné d’un frontispice et de 25 planches et comprend un « Petit dictionnaire de langue sauvage ». Son titre complet se décline ainsi : Nouveaux Voyages de Mr le Baron de LAHONTAN dans l'Amérique septentrionale, qui contient une relation des differens peuples qui y habitent ; la nature de leur gouvernement ; leur commerce, leurs coutumes, leur religion,&leur maniere de faire la guerre [...]. et Mémoires de l'Amérique septentrionale, ou la Suite des Voyages deMr le baron de LAHONTAN qui contiennent la description d'une grande étendüe de païs de ce continent [...]. À La Haye, Chez les Frères L'Honoré, 1703. Les deux tomes sont réunis en un volume in-12.
De son vrai nom, Louis Armand de Lom d’Arce (1666-1716), Lahontan fut le premier auteur d’une ethnologie sur l’organisation en nations politiques des différents peuples du Québec. Il débarqua en Nouvelle France, le 8 novembre 1683 et passa l’hiver sur la côte de Beaupré. « Sans mentir [...] les paysans y vivent plus commodément qu’une infinité de gentilshommes en France. Quand je dis paysans, je me trompe, il faut dire habitants, car ce titre de paysan n’est pas plus reçu ici qu’en Espagne [...] », écrivait-il le 2 mai 1684. Lahontan séjourna dix ans en Nouvelle France, après avoir atteint le lac Ontario, puis le lac Champlain, et exploré la région des Grands lacs. Il se retira ensuite en Hollande, d’où il publia ses ouvrages qui remportèrent un certain succès. Ses « Nouveaux voyages dans l’Amérique septentrionale » parurent donc, pour la première fois en 1703, à La Haye, sous son nom. Il existe une quatrième édition de cet ouvrage imprimée à Amsterdam en 1728, « pour la Vve de Boeteman ».
Selon certains, leur auteur serait en réalité Nicolas Gueudeville (1652-1721), un bénédictin de Saint-Maure défroqué, proche des philosophes, qui publiait des ouvrages polémiques. Il semblerait pourtant ou à cause de cela que ces Nouveaux voyages furent les plus lus, parmi les récits du genre, au XVIII° siècle. On attribue au même Gueudeville un autre écrit, toujours paru en 1703, les Dialogues avec un Sauvage dans l’Amérique, et dans lesquels « Lahontan » met en scène une discussion entre lui-même et un « Sauvage de bon sens » nommé Adario. Ces « dialogues » furent repris bien plus tard en n1931, par Gilbert Chinard (Paris, A. Margraff, in-8) sous le titre complet : DIALOGUES CURIEUX entre l’auteur et un sauvage de bon sens qui a voyagé et Mémoires de l’Amérique Septentrionale, orné de 7 reproductions de gravures originale hors texte.
Surnommé le « soldat inconnu des Lumières » Gueudeville s’était lui aussi établi à La Haye. Malgré la décision de l’ambassadeur du roi de France de l’interdire de séjour, il passa outre, se convertit à la religion Réformé, se maria et publia les Nouvelles des cours d’Europe de 1698 à 1710 qui remportèrent un grand succès. On lui accordait une grande originalité. Nul n’a réussit à prouver qu’il ait été le véritable auteur des voyages de Lahontan. Il semblerait qu’il ait en effet rédigé les « dialogues » qui préfigurent le mythe du bon sauvage mis en avant par Rousseau, ce qui aurait entraîné la confusion.

Bertrand Galimard Flavigny

article paru dans la Gazette de l'Hôtel Drouot du 12 mars 2010

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